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    La modification des comportements humains

    Quand les microbes prennent la route

    Dans la jungle équatorienne, les villages les plus isolés sont ceux où l’on risque le moins de contracter une infection entérique responsable de diarrhées. Une étude américaine a, en effet, démontré l’existence d’une corrélation inverse entre la distance séparant une communauté de la route nouvellement construite dans le nord de l’Equateur et l’incidence des diarrhées.


    LES ROUTES facilitent les déplacements humains, mais également ceux des maladies. Les exemples sont nombreux : la construction de l’autoroute transamazonienne a été associée à une augmentation de la prévalence du paludisme dans les régions alentour. En Inde, les épidémies de dengue suivent clairement les autoroutes. Enfin, la route reliant le Kenya à la capitale ougandaise a largement contribué à propager l’épidémie de sida.

    Une étude américaine conduite en Equateur montre aujourd’hui comment la construction d’une route peut, en outre, augmenter la transmission d’infections entériques responsables de diarrhées.

    Différentes études ont suggéré que la transmission de la plupart des pathogènes fécaux est généralement réduite dans les communautés isolées. En revanche, l’impact du désenclavement de ces communautés induit par la construction de nouvelles voies de communication sur les épidémies de diarrhées n’a presque jamais été étudié.

    Pour tenter de pallier ce manque, Eisenberg et coll. ont tiré parti de l’ouverture d’une nouvelle route reliant le sud de la Colombie au nord de l’Equateur. Cette route traverse la forêt tropicale du Choco sur une centaine de kilomètres. Elle dessert une région comprenant plus de 150 villages, répartis le long de trois rivières qui se rejoignent au niveau de la ville de Borbon, la plus grosse agglomération locale.

    E. coli, rotavirus, Giardia. L’équipe de scientifiques a étudié l’incidence des infections à E.coli, rotavirus et Giardia dans vingt et un de ces villages et dans la ville de Borbon. Les villages sélectionnés par les chercheurs ont été choisis de manière à refléter la diversité de l’ensemble des localités de la région en termes de taille de population et de distance à la route principale. L’étude épidémiologique a été conduite sur deux années. Chaque village a été visité pendant deux semaines à trois reprises. Lors de ces visites, le nombre d’habitants atteints de diarrhées a été calculé chaque matin, et l’analyse d’échantillons de selles des malades et de sujets témoins a permis de connaître la nature des agents infectieux circulant dans le village.

    L’ensemble des données collectées ont été analysées en fonction du degré d’isolement des villages (c’est-à-dire de la distance les séparant de la route principale).

    Cette étude a montré l’existence d’une nette corrélation négative entre le degré d’isolement des villages et le taux de diarrhées toutes causes : plus un village est éloigné de la nouvelle route, et plus le taux de diarrhées qui y a été mesuré est faible. Dans la ville de Borbon, desservie par la route et les trois rivières, ce taux est deux fois plus élevé que dans les villages. De même, la prévalence des infections par des pathogènes entériques (bactéries, virus et parasites) est significativement plus importante dans les villages les plus proches de la route et dans la ville de Borbon.

    Abattage de nombreux arbres.

    Différents mécanismes permettent d’expliquer ce phénomène : tout d’abord, la construction d’une route nécessite l’abattage de nombreux arbres. Cette déforestation est à l’origine de modifications de l’écosystème, affectant les caractéristiques de la ligne de partage des eaux et le climat local, deux facteurs qui peuvent influer sur la transmission des pathogènes entériques.

    En outre, une nouvelle voie de communication entraîne d’importants changements dans les comportements humains. En facilitant les migrations, une route peut conduire à la modification de la densité des populations ainsi qu’à la création de nouvelles communautés. Ces deux situations sont souvent associées à une inadéquation des infrastructures sanitaires, qui peut être à l’origine d’une recrudescence des infections entériques.

    Toutefois, la route reste le meilleur moyen pour fournir aux populations isolées les informations et équipements permettant de prévenir la maladie.

    > ELODIE BIET

    J. Eisenberg et coll., « Proc Natl Acad Sci USA », édition en ligne avancée.

    Le Quotidien du Médecin du : 05/12/2006
    Revue médicale française




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